Rendre le cirque accessible aux enfants issus de milieux plus vulnérables n’est pas une idée nouvelle dans le monde circassien. Selon Maria Roxana Ionas, conseillère au développement philanthropique de la Fondation de l’École nationale de cirque (ENC), cette volonté fait partie de l’ADN même de la discipline. « Le cirque, à la base, a une vocation sociale », rappelle-t-elle.
C’est donc tout à fait logiquement qu’est né Cirque à l’école, développé par l’ENC en collaboration avec HUPR, le Centre de recherche sur le potentiel humain. Ce programme vise à intégrer les arts circassiens dans les écoles en tenant compte des réalités sociales, économiques et pédagogiques des milieux concernés.
Une collaboration entre recherche et pratique
Le rôle d’HUPR est central dans la conception du programme. Affilié à l’ENC et situé au sein même de l’école, le centre mène des recherches à la croisée de l’humain, de l’innovation et des arts vivants. Maria Roxana Ionas ajoute : « Ils mettent l’accent sur les retombées concrètes des pratiques artistiques circassiennes. »
Avant Cirque à l’école, l’ENC avait déjà mené des projets parascolaires ponctuels, notamment dans le quartier Saint-Michel. Mais les recherches menées par HUPR sur l’impact du cirque auprès des enfants ont permis de structurer un programme plus cohérent et reproductible. Les premières actions ont été déployées en 2021, d’abord à l’extérieur des écoles, puis directement en milieu scolaire montréalais.
es formules adaptées aux écoles
Le programme ne repose pas sur un modèle unique. Il est conçu pour s’adapter aux besoins des écoles participantes. « C’est ça, la merveille de ce programme-là », souligne la conseillère au développement philanthropique de la Fondation de l’ENC.
Deux principales formules sont proposées. La formule « découverte » prend la forme d’une journée thématique avec des ateliers d’initiation aux arts du cirque. La formule « immersion », quant à elle, s’étend sur six semaines et vise une intégration plus durable des disciplines circassiennes dans le cursus d’éducation physique, toujours en collaboration étroite avec les enseignants. Le choix des disciplines leur revient d’ailleurs. Physitube, diabolos, acrobaties, bâton-fleur, fil de fer, rola bola, slackline, balles, hula hoop, foulards et assiettes chinoises figurent parmi les options.
Accessibilité, gratuité et matériel fourni
L’un des principes fondamentaux de Cirque à l’école est la gratuité. Le programme est entièrement financé par la Fondation de l’ENC et ses partenaires tels que Desjardins. « Non seulement c’est un programme gratuit, mais en plus on fournit l’achat du matériel de cirque et on en fait don à l’école ensuite », précise Maria Roxana Ionas.
Ce choix est à la fois culturel et institutionnel. « Les arts vivants et l’univers circassien se sont toujours voulus accessibles », affirme-t-elle. Elle ajoute que, puisque l’ENC est une école supérieure d’arts où les études sont payantes, ce programme représente une façon concrète de redonner à la communauté.
Certaines disciplines plus coûteuses, comme les disciplines aériennes, sont généralement exclues pour des raisons d’infrastructures. Toutefois, une école a choisi de financer elle-même une installation aérienne, démontrant la marge de manœuvre laissée aux milieux scolaires, révèle avec enthousiasme Mme Ionas.
Une approche pédagogique axée sur l’engagement
Chaque séance est pensée pour maximiser la participation active des élèves. « On veut profiter au maximum du temps d’engagement moteur des enfants », explique la conseillère. Contrairement à certains sports traditionnels où une partie du groupe peut rester momentanément inactive, les activités circassiennes permettent à l’ensemble des élèves d’être en mouvement simultanément.
L’accent est mis sur l’inclusion, la créativité et la coopération, et ce, dans un cadre bienveillant. Le programme ne valorise pas la performance individuelle, mais le processus et l’expérimentation. « On reste dans le plaisir de bouger », insiste-t-elle.
Des effets observés chez les élèves
Selon les observations de l’équipe, notamment celles de la personne responsable du développement pédagogique, Marine Scholtes-Labrecque, et de la coordonnatrice du programme, Sara Deull, des changements sont perceptibles chez les enfants au fil des séances : « Cirque à l’école prend la forme d’une collaboration précieuse entre les mondes du cirque et de l’éducation. Cette union des forces fait le pari d’offrir à des générations d’élèves d’explorer les arts du cirque avec leur créativité individuelle. » Des progrès simples, comme réussir un mouvement auparavant difficile, deviennent des sources de valorisation pour les élèves, remarque l’équipe.
Le programme intervient aussi dans des classes d’accueil et auprès d’élèves ayant des besoins particuliers. Une anecdote rapportée par Jérémie Boisier-Michaud, directeur adjoint des programmes jeunesse, illustre cet aspect : « Dans une classe où cohabitaient huit ou neuf langues différentes, une activité de bâton-fleur a permis aux élèves de coopérer sans recourir au langage verbal, ce qui a permis de briser la barrière de la langue. »
Former les enseignants et impliquer les familles
L’accompagnement de l’ENC et de sa fondation ne se limite pas aux élèves. Les enseignants sont formés tout au long du programme afin de pouvoir réutiliser les outils après le départ des intervenants. « Dans le processus, ils ne seront jamais laissés seuls, mais on veut aussi les former pour qu’ils puissent utiliser eux-mêmes leurs apprentissages par la suite », précise Marie Roxana Ionas.
Pour le futur, l’équipe travaille également au développement d’outils pédagogiques destinés aux parents. « On aimerait que ces derniers puissent poursuivre le plaisir du cirque à la maison et comprendre ce que leurs enfants vivent à l’école », indique la conseillère. L’objectif est donc de créer une continuité entre l’école, la famille et la communauté.
Le principal défi du programme réside aujourd’hui dans sa croissance. « Notre défi, c’est le volet RH. On a besoin de plus de gens formés pour aller dans les écoles », reconnaît-elle. Et à plus long terme, l’ENC souhaite que Cirque à l’école puisse se déployer à travers d’autres écoles de cirque au Québec. « On veut être le cœur du programme, mais avoir des satellites un peu partout », explique Maria Roxana Ionas. Le programme aspire aussi à rejoindre des communautés éloignées, notamment celles issues des Premières Nations.
Cirque à l’école s’inscrit donc dans une réflexion plus large sur le rôle des arts et du mouvement dans les milieux scolaires précaires. « Nous souhaitons miser sur la motricité, le plaisir et la bienveillance, dans le but de participer à créer une communauté plus en santé », conclut la conseillère au développement philanthropique.
Le lancement de la campagne annuelle de la Fondation de l’ENC aura lieu le vendredi 13 février, de 16 h 30 à 19 h 30. Pour obtenir plus d’informations, cliquez JUSTE ICI.